Le "Sujet-Je" à propos de "La Divine Origine"

"Dieu n'a pas créé l'homme"

de

Marie Balmary




La proposition fondamentale de Marie Balmary, psychanalyste, dans son essai : "La Divine Origine" (1) est d'interroger les textes bibliques sur ce qu'ils véhiculent quant au sujet humain. L'investigation des mythes fondateurs de notre culture judéo-chrétienne est une démarche pleine de promesses. A ces textes originaux, M. B. pose la question "de la genèse de l'homme qui dit "Je", car "à l'opposé de l'animal créé selon son espèce", il n'y a pas d'espèce humaine" (p.325). C'est l'instance du sujet qui assure notre séparation du monde animal. En conséquence, "l'origine psychique de l'humain ne peut être racontée que mythiquement." (p.67)
L'assertion du sous-titre : "Dieu n'a pas créé l'homme" s'appuie sur la traduction du verset 27, au chapitre 1 du livre de la Genèse. "Elohim crée le glébeux à sa replique....Mâle et femelle, il les créa."
Et au chapitre 2, verset 7 : "Elohim façonne l'humain (Adam), poussière du sol, (Adaman). Il insufle en ses narines haleine de vie; et c'est l'humain, un être vivant."

Ainsi l'auteur différencie :

- l'humain de l'homme
- le couple "mâle et femelle" de celui "homme - femme".

Il est donc établi que le créateur ne travaille qu'A MOITIE.

Le sujet homme n'est pas créable. "Le sujet-Je est incréé". A la science , elle dénie le pouvoir de saisir la genèse du sujet (p.149).
Les deux récits de la Genèse "portent un double message : la création de l'homme et son incréation". Cette problématique posée, l'auteur argumente ainsi : "Comment l'incréé peut-il s'y prendre pour faire des êtres incréés semblables à lui ? Les créer le moins possible et leur permettent d'advenir" (116)
Ceci peut également se comprendre à propos des mots : "image" et "ressemblance".
Gen. 1, 26 : "Nous ferons Adam en notre image

comme notre ressemblance"

Gen. 1, 27 : "Elohim crée Adam en son image

en l'image d'Elohim"

Le verset 27 n'est pas répétition du v. 26.

"Ce Dieu - là ne fait les choses qu'à moitié...L'humain est bien créé en l'image mais non comme la ressemblance d'Elohim"(113). Ce qu'avait pressenti des Pères de l'Eglise, Basile de Césarée (cité), dit explicitement "Nous possédons (l'image) par la création, nous acquérons (la ressemblance) par la volonté."
A la différence - importante - de Marie Balmary qui craint "la récupération chrétienne "des Pères de l'Eglise (115). Basile précise que les potentialités pour devenir sujet de JE sont déposées en l'humain par Dieu, que l'homme n'y parviendrait pas sans une présence créatrice de Dieu. "Si Dieu ne nous avait pas gratifiés de la puissance de devenir à la ressemblance, ce n'est pas par notre pouvoir propre que nous aurions acquis la ressemblance de Dieu" (115).
Cette crainte (peut - être méthodologique) de la récupération chrétienne, chez M. B. ne peut - elle évoquer le jeu de mots de Lacan sur l'expression symbolique "Le nom du Père" ? Il la traduisait par : "les non - dupes errent". (Si les non - trompés errent, que deviennent les trompés, les dupés ?). Puisqu'il s'agit, ici, du dieu de l'inconscient, élaboré par nos structures psychiques, ne faudrait - il pas envisager un autre rapport positif et structurant au Père dévoilé en Jésus - Christ ?


(1) Grasset, 1993. (Retour)

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